La participation en architecture (mémoire de master)

Les interactions entre les usagers et le cadre bâti dans lequel ils évoluent, constituent un des enjeux majeurs de l’architecture. Selon l’architecte belge Lucien Kroll, « nous construisons nos murs, puis nos murs nous construisent ». La formule souligne le rôle décisif de l’architecture dans la formation de la personnalité et l’épanouissement personnel de ses occupants. Cette responsabilité est trop souvent négligée par des concepteurs, qui se contentent de répondre à une expression dite rationnelle des besoins. Pour atteindre cet aspect « émancipateur » de l’architecture, il est essentiel que les usagers puissent jouer un rôle actif vis-à-vis de leur environnement. Ce processus permet aux individus de s’identifier aux lieux où ils vivent et travaillent, d’en éprouver un certain sentiment de propriété – autrement dit, de se les approprier.

Face à ces enjeux, il est donc primordial pour certains concepteurs, de recentrer leur architecture sur « l’Homme », de remettre l’humain au cœur de la pensée architecturale. Ce fondement de l’architecture sur l’usager peut se traduire de deux manières : d’une part, considérer l’usager comme objet central de la réflexion architecturale, de l’autre l’associer directement à la conception, puis à la réalisation des bâtiments. Quelles nouvelles relations cela implique-t-il entre l’architecte et l’usager ? Quelle est encore la légitimité de l’architecte et de sa culture architecturale, vis-à-vis de celle des habitants ? Par ailleurs, la prise en compte de l’usager et sa participation à l’architecture impliquent nécessairement de sortir de la discipline architecturale pure, et de prendre en compte des enjeux psychologiques, sociaux, politiques ou encore environnementaux. L’architecture ne peut dès lors plus être considérée comme une discipline autonome.

Les réflexions sur la prise en compte de l’usager et sa participation active dans l’architecture apparaissent dans le débat architectural à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Ce sujet alimentera les recherches de nombreux architectes et sociologues durant les années qui suivront, et c’est sur ces travaux que se concentrera principalement ce mémoire. Cependant, il ne s’agit pas d’une approche historique du « mouvement participatif » : cette analyse s’appuie certes sur une période d’étude définie – essentiellement des années 1960 aux années 1980 –, mais elle s’inscrit plutôt dans les champs de la théorie et de la critique de l’architecture. Ainsi, l’objectif est avant tout de préciser les enjeux et les mécanismes de la participation en architecture, de comprendre les différentes manières d’associer les usagers à la conception et les démarches concrètes mises au point par les architectes pour appliquer ces principes.